Levée de fonds en Suisse : structuration juridique
Convertible note vs. equity, term sheet, cap table, ESOP, due diligence. Guide pratique pour founders qui structurent leur premier tour.
Publié le 8 min de lecture
Levée de fonds en Suisse : structuration juridique
Note : draft V1 LexUp à reviewer. Indicatif, pas un conseil personnalisé.
Une levée de fonds, c'est trois layers : commercial (convaincre l'investisseur), financier (calibrer les chiffres) et juridique (structurer l'opération). Ce guide se concentre sur le 3e, l'angle qu'on néglige souvent au pre-seed et qu'on regrette au seed.
Convertible note vs. equity round
Deux structures principales pour un tour pre-seed à seed :
Convertible note (ou SAFE-like en Suisse)
L'investisseur prête de l'argent à la société. Au moment du tour suivant, ce prêt se convertit en actions à un prix discounté ou avec un cap de valorisation. Avantages :
- Rapidité : pas besoin de négocier la valorisation maintenant. On la fixe au tour suivant, quand on a plus de data.
- Coût juridique réduit : un convertible note bien rédigé tient en 8-12 pages. Un equity round demande SHA, term sheet, statuts révisés, board pack.
- Pas de dilution immédiate : le founder garde 100% du capital jusqu'à la conversion.
Inconvénients : l'investisseur n'a pas de droits de gouvernance avant conversion. Si la société sort sans levée intermédiaire, le traitement est ambigu (souvent : remboursement du principal + intérêts, ou conversion à la valeur du deal).
Equity round
L'investisseur achète directement des actions. Cap table change immédiatement, valorisation fixée, gouvernance définie. Plus complexe à structurer, mais plus clair sur le long terme.
Règle pratique : convertible jusqu'à CHF 1-1.5M. Au-delà, equity round (l'investisseur veut sa place au board, des protections, une valorisation officielle).
Term sheet : le document qui compte vraiment
Le term sheet est le document non-binding qui fixe les paramètres économiques et juridiques du deal avant qu'on ne rédige le SHA et les statuts définitifs. Mal négocié, il devient un piège : la jurisprudence suisse considère qu'un term sheet signé crée une obligation de bonne foi (« culpa in contrahendo »). Backer après est mal vu.
Points critiques à verrouiller dès le term sheet :
- Valorisation pre-money (la valeur de la société avant l'investissement)
- Montant du tour et structure (lead + co-investors)
- Liquidation preference (1x non-participating reste le standard early-stage en CH)
- Anti-dilution (weighted-average broad-based pour la version raisonnable)
- Drag-along threshold (75% du capital, pas en-dessous)
- Réserved matters (la liste des décisions qui requièrent l'accord du lead)
- Vesting des founders (4 ans, cliff 1 an, standard)
- Pool ESOP : taille et timing (avant ou après le pre-money, fait une grosse différence)
Cap table : le tableau qui ne pardonne pas
La cap table (table de capitalisation) liste qui détient quoi, en valeurs absolues et pourcentages, avant et après le tour. Trois principes :
- Toujours en pré-monétaire ET post-monétaire. Un investisseur qui voit « X% post-money » sans comprendre l'effet de l'ESOP allouée avant la levée se fera avoir.
- ESOP avant ou après le pre-money : si l'ESOP est dans le pre-money, ce sont les founders qui sont dilués. Si elle est post-money, c'est l'investisseur. La négociation se joue ici.
- Anticiper 2 tours : si après le seed vous prévoyez un Series A à 18 mois, simulez la cap table après les deux tours. Vous verrez si vous gardez assez d'incitation pour rester motivé en Series B.
ESOP / plan d'incentivation
Le pool d'options pour employés (ESOP, parfois VSOP/PSOP en Suisse pour des raisons fiscales) est typiquement créé avant ou pendant le seed. Taille standard : 10-15% du capital pre-money pour un seed, à étendre vers 20% au cumul des tours.
En Suisse, deux structures possibles :
- Plan d'options réelles (vraies actions à l'exercice), fiscalement traité comme du salaire variable.
- Plan phantom / VSOP (cash payout équivalent au gain en capital), plus simple administrativement, mais moins « actionnaire » dans la psychologie de l'employé.
Un ruling fiscal préalable auprès du canton est souvent recommandé pour sécuriser le traitement avant le déploiement.
Due diligence : ce que les VCs regardent
Une fois le term sheet signé, le VC lance une due diligence (DD) sur 3 à 6 semaines. Trois angles :
- Légal : statuts à jour, SHA précédents, contrats employés, contrats clients/fournisseurs majeurs, IP assignations, litiges en cours, conformité RGPD.
- Financier : comptes audités si dispo, actuels, projections, structure dette/capital, KPI.
- Tech / produit : audit code, dépendances open-source, infra, sécurité.
Préparer une data room en amont = gain de 2-3 semaines sur le calendrier. C'est un standard de marché : si vous ne l'avez pas, le VC vous le demandera.
Pièges à éviter
- Signer un convertible mal calibré, pas de cap, ou un cap trop bas qui dilute massivement au tour suivant.
- Accepter une participating liquidation preference, l'investisseur récupère son investissement ET reçoit sa quote-part. Sur un exit modeste, les founders peuvent finir à zéro.
- Sous-dimensionner l'ESOP, devoir étendre le pool pendant la Series A coûte du capital aux founders, pas à l'investisseur.
- Pas de ruling fiscal sur l'ESOP, risque de re-classification fiscale 2-3 ans plus tard avec des arriérés salariaux.
- Cap table dans Excel sans versioning, au troisième tour, plus personne ne sait ce qui a été émis quand. Outils dédiés (Capdesk, Carta) ou tableau bien tenu chez l'avocat.
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